[BRAQUAGES] interview d'un ancien responsable sûreté et sécurité

Retour d'expérience sur les braquages dans le secteur de la joaillerie: ce qu’il faut savoir

Vous vous êtes toujours demandés ce que vivent les employés d'une bijouterie lors d'un braquage ? Comment réagir face à une telle menace ? Comment anticiper ces risques? Peut-on être mieux préparé face à cette insécurité ?

Nous avons eu l'occasion d'interviewer un expert dans le domaine de la sûreté et sécurité:

Mini-Sommaire

1 - Quel etait votre rôle chez votre ancien employeur ?

2 - Quel a été votre pire souvenir ?

3 - Comment réagissent les équipes au siège lorsqu'elles apprennent un tel incident ?

4 - Selon vous, quelles sont les bonnes pratiques à appliquer lorsqu'on est commerçant pour protéger sa boutique ?

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1 - Quel etait votre rôle chez votre ancien employeur ?

J’avais la responsabilité du pôle sûreté et assurances au sein du groupe Richemont pour la France en incluant la Principauté de Monaco.

C’est un groupe de luxe possédant des Maisons de Joaillerie et d’horlogerie telles que Cartier, Vacheron-Constantin, Piaget, Jaeger Lecoultre, Van Cleef et Arpels, IWC ou Panerai pour n’évoquer que les emblématiques.

L’objectif était de s’assurer que les bonnes pratiques des normes de sûreté, tant au niveau des installations techniques que des bonnes pratiques de vente, soient observées sur les lieux de vente et lors des évènementiels.

L’autre partie du job consistait à assurer la formation des forces de vente, réaliser des audits et coordonner les différents prestataires intervenants.

2 - Quel a été votre pire souvenir ?

Je ne parlerai pas de pires souvenirs ! Plutôt de moments de purs shoots d’adrénaline. Ces moments où les automatismes, les protocoles, les formations, les procédures, les expériences accumulées prennent tous leurs sens et permettent de gérer les situations de crises et réellement sentir l’ambiance pour apporter les bonnes réponses dans l’instant.

Il faut savoir au préalable que chaque braquage est unique, singulier de par la personnalité et le niveau de nervosité des braqueurs, le lieu investi et sa localisation géographique, l’heure d’opération et s’il y a ou non des clients dans les lieux. Qu’ils durent peu de temps, entre deux et cinq minutes en moyenne.

Tous ces paramètres peuvent interagir entre eux et créer des situations complexes à gérer.

D’expérience, la conclusion de ces situations choquantes pour les personnels, les clients, la société civile ne tient souvent qu’à la chance ! Chance basculant à un moment donné d’un côté ou d’un autre, produisant un fait-divers tragique ou un acte crapuleux.

Je vais relater un braquage ayant eu lieu dans une boutique du groupe en France. Il s’agissait d’une joaillerie située en plein cœur urbain en angle de carrefour. Nous étions en période de fin d’année et fin de journée, aux alentours de dix-huit heures.

Deux braqueurs armés, l’un d’une Kalachnikov et l’autre d’un couteau, ont passé le sas et neutralisé l’agent en le menottant pour rassembler clients et personnels dans un salon de vente situé en retrait de la boutique.

La directrice de boutique est sommée d’ouvrir les présentoirs et vitrines par l’un des braqueurs et l’autre s’occupe de fracasser les autres meubles de présentation.

Je tiens à préciser que j’ai vécu la scène complète par vidéo interposée. Me permettant de m’imprégner de l’action et des profils des braqueurs, de minuter la scène et d’agir en conséquence.

A ce stade et en règle générale, la prudence commande de ne pas intervenir. De laisser l’action aller à son terme, jusqu’à la sortie physique du ou des criminels. C’est un réflexe que je qualifierai de vital !

« Prenez conscience que si vous êtes victime ou témoin d’un braquage, la tension de part et d’autre (braqueurs et victimes) est à son paroxysme. Toute part de rationalité, de respect, de limite maximum de violence n’existe plus et qu’un geste, une interprétation ou un regard peut être interprété comme une défiance ou une menace et être un déclencheur libératoire pour une expression de violence ».

Votre unique et impérieux devoir durant ces instants (qui restent courts temporellement mais interminables dans votre esprit) est de tout faire pour rester en vie, et assurer l’intégrité de vos clients et personnels. En adoptant votre comportement et montrant explicitement votre soumission aux désirs des braqueurs.

Comme indiqué précédemment, l’analyse du déroulement de l’action et son minutage nourri la réflexion que vous allez vous faire sur les orientations que va prendre le braquage.

Encore une fois, vous devez penser en ayant à l’esprit l’objectif et la conclusion qu’on les braqueurs à ces instants précis !

Pour être très factuel, récolter les produits qu’ils sont venus chercher et partir le plus rapidement possible. Pour que le contact avec eux et vous soit le plus neutre et sa durée la plus réduite possible.

Dans le cas que je relate, l’action de prise de produits se déroule normalement, sans violences physiques (mais violences psychiques envers les le personnel, les clients et plus encore de la directrice directement contrainte à ouvrir les vitrines. Ne jamais négliger ce facteur !).

L’articulation d’une action de braquage est immuable. Il peut se schématiser comme suit:

  • L’entrée,
  • La neutralisation des personnes présentes,
  • La récolte des produits,
  • L’exfiltration.

Chaque phase comme indiqué précédemment est potentiellement explosive si une difficulté survient.

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Nous en sommes donc, pour le cas que j’évoque, proche de sa conclusion. Et c’est là que le facteur contextuel prend toute son importance et vous font rappeler l’humilité à avoir dans toute votre gestion de ces situations de crise vraiment particulières.

En l’occurrence, le rappel de la période de l’année, de l’heure et la localisation de la boutique ! De l’aspect contextuel.

  • Fin d’année (proche des fêtes), fin de journée, zone urbaine dense.

Développons pour comprendre les implications et les facteurs aggravants engendrés :

1- Fin d’année (proche des fêtes), fin de journée.

  • Nuit tombée (rues éclairées par éclairage public), dominantes sombres,
  • Boutique fortement éclairée en intérieur (contraste lumineux important avec l’extérieur-effet bocal),
  • Pic d’affluence piétons (sorties de bureaux).

2- Fin d’année (proche des fêtes), zone urbaine dense.

  • Pic d’affluence piétons (sorties de bureaux, repérage d’achats de cadeau de Noël),
  • Fort maillage et présence policière urbaine renforcée et sensibilisée en fin d’année.

Et c’est là que le minutage est une donnée essentielle. Pourquoi ?

La conjonction de la durée de plus en plus longue du braquage, de « l’effet bocal » qui renforce la visibilité intérieure de l’activité de la boutique, de l’affluence de passants et de la présence renforcée à ce moment de l’année des forces de Police sont des facteurs aggravants de détection de l’action de braquage en cours.

Et c’est ce qui arrive au bout de huit minutes. Un passant averti une patrouille de Police proche. Une policière est rapidement visible plaquant ses mains contre l’une des vitrines pour voir précisément ce qui se passe dans la boutique.

Dès cet instant, la situation rendre dans une autre dimension. Toutes les options sont envisageables, mais toutes sont potentiellement explosives. De la prise d’otages par les braqueurs qui se retranchent jusqu’à la tentative de sortie de braqueurs lourdement armés dans un quartier très dense.

Pour moi, le choix est cornélien. Dois-je suivre en spectateur le déroulé des faits, sans agir ? Ou plutôt choisir d’assumer des actions que je pourrais prendre dans les secondes à venir pour tenter de se ménager l’initiative pour minorer les risques ?

Dès cet instant, le positionnement de la fonction fait que quelle que soit l’option choisie vous serez en porte-à-faux, soit par rapport à la notion de non-assistance à personne en danger, soit par rapport à votre société.

La réactions des braqueurs est immédiate, ils se retranchent avec les otages.

Je prends la décision de prendre contact avec le Divisionnaire du commissariat de l’arrondissement (qui apprend la présence du braquage en cours). Cela permet à cette instant d’avoir une coordination des forces de police de sa part et de mobiliser les forces BAC et BRI qui se positionnent en proximité.

Dès ce moment, je cesse d’intervenir ; me limitant à donner en temps réel, le positionnement et les gestes des braqueurs au Divisionnaire.

La suite se déroule sous les caméras des médias. Une sortie des braqueurs avec une otage, des échanges de tirs et une course poursuite dans les rues de la ville se terminant pour une autre prise d’otages et une reddition au bout de deux heures.

S’ensuit pour moi le passage à la phase suivante de la fonction. Me rendre sur place, être l’interface et le facilitateur entre les enquêteurs et les personnels sur place, les cadres dirigeant de la société et la prise en charge psychologique des personnes impactées par une unité spécialisée et la mise en place de mesures compensatoires de sûreté concernant la boutique et ses produits.

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3 - Comment réagissent les équipes au siège lorsqu'elles apprennent un tel incident ?

La résonnance en interne est importante, renforcée par la médiatisation nationale de ces faits de braquage.

Mon rôle consiste alors à écouter, échanger, rassurer et rappeler les bons comportements à adopter.

Charge à la communication de la société de gérer la communication externe.

4 - Selon vous, quelles sont les bonnes pratiques à appliquer lorsqu'on est commerçant pour protéger sa boutique ?

Se former et former son personnel aux bonnes pratiques relatives à la présentation, au stockage, à la vigilance et à la détection des signaux faibles précédent un braquage ainsi qu’aux postures à adopter durant la survenance d’une situation de ce type.

Ne jamais oublier qu’un braquage n’est que la conclusion d’une opération pensée, organisée, planifiée en amont, débutant toujours par une étude spécifique des cibles potentielles (repérages).

Missionner pour cela un professionnel reconnu pour son expérience et sa pédagogie (pour info, ces profils sont peu nombreux à avoir ces compétences). N’hésitez pas à vous adresser à votre assureur.

  • Procéder à un audit de vulnérabilité sûreté de votre point de vente par un professionnel avéré.

  • Si vous faites appel à un prestataire sûreté humaine (agent de sécurité boutique), assurez-vous de son professionnalisme et de la parfaite interaction avec vos équipes internes boutique (force de vente).

N’AVOIR JAMAIS LE CRITERE DE PRIX COMME DETERMINANT DANS LE CHOIX D’UN PRESTATAIRE SURETE

Pensez à votre positionnement commercial pour prendre un prestataire en phase !

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